Lorsqu’une nation est en péril, les intellectuels se doivent, non seulement de le signaler au peuple de cette Nation, mais encore, de lui suggérer des solutions afin d’enrayer le mal et permettre à la jeunesse de se retrouver à travers des valeurs et des symboliques qu’elle se sera forgées elle-même.
S’il est vrai que le mal dont souffre la Nation relève d’une crise de valeurs, la société martiniquaise, comme toutes les sociétés du monde, est en panne de grandes idées, de valeurs, qui plus est, d’inspiration utopique.
Elle virevolte tout comme cette tempête qui, en plein déplacement, se trouve bloquée sur l’Atlantique avant de s’évanouir brutalement ou de reprendre une destinée encore inconnue et imprévisible. Elle a aussi une tare supplémentaire. Elle risque de s’engloutir sous le poids inlassablement croissant de ces étrangers en quête d’exotisme, de plaisirs ou atteints du virus de l’argent à placer à forts intérêts car, dit-on, ce paradis fiscal qu’est la Martinique ne profite qu’aux riches et aux autres et non aux pauvres et à ses enfants.
Et puis comme pour accélérer l’extinction d’un peuple à peine sorti des horreurs de l’esclavage et toujours séparé de ses cousins de la Caraïbe, est arrivé ce transfert brutal de la « Martinique française » à la « Martinique européenne ». C’est l’Europe sous les Tropiques, l’Europe dans les familles, l’Europe dans les valises, l’Europe dans les collectivités, l’Europe dans les écoles et les hôpitaux, l’Europe sur les routes et dans tous les recoins de rue ; le temps et l’espace sont à la sauce de l’Europe.
Voilà donc notre pays rendu étranger presque de la Caraïbe, son berceau. Toutes les velléités martiniquaises qui s’étaient manifestées depuis 10 ou 15 ans pour tenter de collaborer étroitement avec les pays de la Caraïbe sont maquillées par notre arrivée à l’AEC et sans possibilité d’être à la même hauteur que tous les autres Etats. Ici lorsqu’on parle de la Caraïbe, il s’agit de la France dans la Caraïbe. Il s’agit bien de chercher à placer les intérêts européens dans la Caraïbe. Il s’agit pour la Martinique et la Guadeloupe de servir de pont entre l’Europe et la Caraïbe voire l’Amérique latine.
De nombreux politiciens carriéristes, qui ont choisi de servir de relais à l’implantation des intérêts et des valeurs de l’Europe en Martinique semblent se conformer à cette mutation anarcho-délinquante.
La caste béké, dont la capacité à s’adapter aux changements est historiquement reconnue, jubile et se renforce. Et l’on continue de s’interroger sur son appartenance au peuple.
Cette caste est-elle vraiment martiniquaise, quand elle n’a de cesse de défendre l’intérêt d’une très petite minorité aux dépens des plus grandes masses ?
Celle-ci est-elle martiniquaise, quand elle a toujours eu, envers les Martiniquais, les mêmes méthodes esclavagistes instaurées par l’époque de Colbert ?
Est-elle Martiniquaise, quand aujourd’hui elle entraîne le pays dans la monoculture bananière dont elle est la seule à tirer profit à court et à long terme ?
La réponse est claire. Cette caste a choisi d’exister en tant que groupe de colons dont la survie ne dépend que de la pratique de l’apartheid sur le sol martiniquais contre le peuple martiniquais.
Les intellectuels martiniquais, je veux parler des vrais, car il en existe, ont tort de croire que la situation évoluera en faveur des Martiniquais, lorsque la caste arrivera à une dilution extrême. Et après, s’il y a dilution elle se fera au profit des nouveaux européens dont Césaire disait qu’ils constituaient un véritable rempart pour le génocide par substitution. A ce propos, l’exemple de la Palestine nous éclaire sur ce qu’est un génocide par substitution et combien il est difficile, voir impossible de s’en sortir.
Nos intellectuels vont-ils accepter passifs, que leur pays vive des mutations dans lesquelles, ni nous, ni nos enfants ne pourrons nous sentir en situation d’être chez nous.
Apartheid et génocide sont les deux malheurs de notre peuple.
Si nos intellectuels n’ont manifesté à ce jour aucune démarche, ne peut-on pas leur concéder d’être toujours dans une profonde réflexion qui pourrait servir bientôt de lumière à ces sentiers qui se présentent presque sans issue ?
En tout cas il est trop tard pour attendre.
Il est temps que nos intellectuels se réveillent et qu’ils jouent leur rôle, comme indiqué précédemment. Il s’agit de transformer la réflexion en action imminente et féconde.
Car, quel poids auront, demain, les écrits et même les actions s’ils ne sont pas portés par un projet dont les stratégies d’actions et les principes proviennent d’un diagnostic partagé.
Chers citoyens intellectuels, par ces temps troubles où les martiniquais ont besoin de tracer leur chemin, j’espère que vous ne resterez pas indifférents à ce constat évident.
Votre contribution est nécessaire à un nouveau souffle dans le combat politique pour éclairer le peuple martiniquais en quête de liberté, de dignité et de souveraineté.
Pour le Comité National pour les Réparations (CNR-Martinique)
Milka VALENTIN
Pour le Mouvement International pour les Réparations (MIR-Martinique)
Garcin MALSA